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Notes techniques et réflexions La démarche Négawatt et son application au bâtiment Auteur : Olivier SIDLER
Août 2008 ENERTECH Ingénierie énergétique 26160 FELINES S/RIMANDOULE
TEL &amp, FAX : (33) 04.75.90.18.54 email : contact@ enertech.fr
Web : enertech.fr


La démarche Négawatt appliquée au bâtiment

Un bâtiment n’est pas intrinsèquement peu consommateur en énergie. Il peut être
conçu pour cela, mais le comportement des utilisateurs peut conduire au résultat exactement
inverse. La Prius, première voiture hybride au monde, permet à ceux qui le veulent de
consommer 3 ou 4 l/100 km. A la différence des autres voitures, la Prius a été conçue pour
permettre à celui qui adapte sa conduite de faire des économies. Mais mise entre les mains de
quelqu’un qui ne change pas ses habitudes, elle consommera 7 l/100 km.
C’est exactement la même chose pour un bâtiment. Sa consommation peut varier dans
un rapport de un à deux, voire trois, en fonction de la manière dont il est utilisé. A titre
d’exemple, la Cité de l’Environnement à St Priest est l’un des premiers bâtiments de bureaux
en France conçu pour être à énergie positive. Mais rien ne prouve que, malgré les efforts de
conception que nous avons faits, il soit réellement à énergie positive. Nous avons conduit
deux calculs des consommations. Le premier en considérant que les utilisateurs auraient un
comportement raisonnable et sobre, le second en considérant au contraire que les usagers ne
changeraient rien à leurs (mauvaises) habitudes. Les consommations sont alors de 26
kWh/m²/an d’électricité, ou de …..54 ! Or la production sera de 42 kWh/m²/an. A eux de
choisir….

Aujourd’hui, tous les scénarii du futur proposés se fondent sur l’idée que l’humanité
doit pouvoir continuer à vivre comme elle le fait actuellement, sans modifier son niveau de
vie ni ses comportements, et que c’est la technologie qui va permettre d’atteindre les objectifs
de consommation qui sont visés. On peut continuer à croire cette idée, pour se rassurer. C’est
sûr, on peut. Mais cette idée est mensongère. Non, nous ne pourrons pas continuer à vivre
comme nous le faisons actuellement sans rien changer. Il est au moins une chose que nous ne
pourrons tolérer plus longtemps, c’est le gaspillage. Mais au-delà du gaspillage, il y a les
« exigences » de chacun. Tel grand groupe du BTP offre à ses employés une température
constante, hiver comme été de 24°C. « Il y aurait grève du personnel si nous modifiions ces
températures ». Certes ! Mais la réglementation impose 19°C maximum en hiver et 26 °C


minimum en été. Pourrons nous ainsi continuer collectivement à être hors la loi indéfiniment,
au nom d’un confort inébranlable ? On verra dans ce qui suit qu’un degré de plus en hiver
représente, dans les bâtiments à faibles besoins, une augmentation de 15 %, voire 20% de la
consommation.

L’association Négawatt regroupe des professionnels spécialistes de la maîtrise de
l’énergie convaincus que, pour atteindre de très faibles consommations, il faudra
obligatoirement recourir à tous les moyens dont on dispose, et ne pas seulement compter sur
une augmentation hypothétique de la production ou sur la seule maîtrise de l’énergie. L’idée
qui se développe est qu’il faut obligatoirement s’appuyer sur une démarche en trois étapes si
l’on veut éviter d’avoir des scénarii conduisant à une croissance de la consommation
d’énergie dans le futur, et si l’on veut tenter de satisfaire des besoins raisonnables
:

1 – La sobriété énergétique
La sobriété énergétique est un repositionnement individuel et collectif face à la
question de l’énergie.
La sobriété énergétique consiste à supprimer les gaspillages absurdes et coûteux à tous
les niveaux de l’organisation de notre société et dans nos comportements individuels.
La sobriété n’est ni l’austérité ni le rationnement : elle répond à l’impératif de fonder
notre avenir sur des besoins énergétiques moins boulimiques, mieux maîtrisés, plus
équitables. Elle s’appuie sur la responsabilisation de tous les acteurs, du producteur au
citoyen.
De façon très pragmatique chacun doit se demander s’il a besoin de prendre un bain
chaque jour pour être heureux, s’il est obligé de se chauffer à 25°C pour être heureux, s’il doit
posséder une piscine individuelle (très consommatrice d’énergie) pour être heureux, s’il faut
que son ordinateur fonctionne 24h/24, alors qu’il ne l’utilise que 3 h/jour, pour être heureux.
La réponse sera toujours non. Il y a mille et une manières d’organiser sa vie et ses loisirs pour
trouver le bonheur, sans pour autant avoir besoin de beaucoup d’énergie.
De la même manière, la sobriété a une dimension collective. Un élu qui veut
« désenclaver » son pays a le choix entre le rail et la route. En choisissant l’un plutôt que
l’autre, il fige la consommation d’énergie pour un siècle, et pas vraiment au même niveau !
Mais le même élu peut aussi se demander s’il est pertinent d’avoir le même équipement
(piscine, salle des fêtes, etc) que la commune voisine, et si une mutualisation ne serait pas
possible.
La sobriété énergétique est un concept incontournable dans la réussite des stratégies à
basse consommation de demain : sans elle, on ne parviendra jamais aux objectifs, cela doit


être dit clairement. Mais elle est finalement la résultante de multiples décisions individuelles
et collectives, ce qui va nécessiter une sensibilisation forte pour qu’elle puisse porter ses
fruits. Elle représente un gisement d’économie d’environ 30%.
Il est recommandé, dans tous les projets, d’accompagner le maître d’ouvrage ou les
futurs utilisateurs dans cette voie de la sobriété pour leur montrer tout l’intérêt qu’il y a à
s’engager résolument dans cette direction.
On pourrait aussi résumer la sobriété énergétique par cette phase attribuée à Gandhi
« Vivre aujourd’hui simplement, pour que d’autres puissent simplement vivre ». Tout est
dit….
2 – L’efficacité énergétique
L’efficacité énergétique, c’est tout ce que la technologie va nous apporter pour réduire
les consommations d’énergie permettant de satisfaire nos besoins. Le besoin c’est d’avoir
19°C. Grâce à d’hyper isolants, à des systèmes thermiques très performants, on peut réduire
drastiquement l’énergie nécessaire pour satisfaire notre besoin de 19°C. C’est le domaine de
l’efficacité énergétique. Celle-ci va jouer un rôle majeur dans la conception des bâtiments du
futur. Elle concerne aussi bien l’isolation des bâtiments que la production de chaleur
performante, l’éclairage basse consommation, le froid performant, ou les ordinateurs à très
faible consommation, etc. Elle est le second pilier de la démarche Négawatt.
L’efficacité énergétique a sensiblement progressé depuis vingt ans, par suite
notamment de la dynamique créée en Allemagne. Mais il est probable que des progrès
spectaculaires seront accomplis dans les vingt ans qui viennent, parce que la réduction des
consommations d’énergie est devenue un enjeu vital pour la planète et qu’elle est enfin
considérée comme stratégique, ce qui va doper la créativité des entreprises et des laboratoires
de recherche. Des isolants beaucoup plus performants (sous vide, aérogel de silice) vont
devenir opérationnels dans un délai assez court, une révolution attend probablement le monde
de l’éclairage (avec les leds, mais pas seulement…), des pompes à chaleur avec des COP
exceptionnellement élevés ont déjà fait leur apparition sur le marché intérieur japonais, et il
semblerait que les américains
travaillent beaucoup sur les techniques à basse émission de
carbone…. Il faut donc que les acteurs du bâtiment aient en permanence un regard vers les
nouveautés qui ne vont pas manquer d’apparaître dans les années à venir.
A ce sujet, on pourrait souhaiter que tous les acteurs publics qui, d’une manière ou
d’une autre, interviennent dans l’autorisation de vente des produits étrangers sur le marché
français, assouplissent les procédures actuelles afin, d’une part de leur retirer le caractère de
barrières douanières déguisées qu’elles ont incontestablement, et d’autre part de permettre
aux maîtres d’oeuvre français de bénéficier des matériels et matériaux les plus performants
existant en Europe. Et puis pourquoi avoir créé l’Europe du commerce si c’est ensuite pour
entraver la circulation des biens ? C’est au contraire par la stimulation et la concurrence qu’on
dynamisera les entreprises françaises.
3 – Le recours aux énergies renouvelables
Le rôle que l’on fait jouer aux renouvelables en France n’est pas toujours le bon. Qui
n’a rencontré en zone rurale un maire ou un agriculteur cherchant simplement à remplacer sa
vieille chaudière au fioul par une chaudière bois de même puissance, sans autres
modifications de son installation et de ses bâtiments ? Cette démarche, très répandue, même
chez les acteurs les mieux intentionnés, doit être abandonnée très rapidement car elle va
conduire à dilapider le gisement de renouvelables français.
Cette approche consistant finalement à faire une simple substitution entre des énergies
traditionnelles et des énergies renouvelables sans procéder à une amélioration de l’efficacité


énergétique préalablement, est aussi celle qu’utilisent les détracteurs des ENR pour les
discréditer. Mais ce raisonnement n’a pas de sens. Alors bien sûr il permet d’écrire que, si
toute la France était approvisionnée par les renouvelables, toutes les côtes françaises seraient
pourvues d’éoliennes, etc. Mais ceci serait vrai de n’importe quelle source d’énergie. Il
faudrait par exemple 362 réacteurs nucléaires, au lieu de 58 aujourd’hui, pour fournir à la
France toute son énergie, ce qui serait impossible à réaliser, ne serait-ce que par
l’impossibilité de refroidir autant de centrales. Aucune source d’énergie n’est appelée, à elle
seule, à fournir la totalité des besoins énergétique actuels de la France.
En revanche, le futur doit s’inscrire, comme évoqué précédemment, dans
l’abaissement des consommations au plus bas niveau possible, et dans le recours à des
énergies renouvelables puisqu’il faut entrer rapidement dans un système énergétique
« durable », c’est à dire fonctionnant sur des énergies de flux (le soleil) et non plus sur des
énergies de stock (comme les hydrocarbures). Les ressources énergétiques fossiles sont finies,
rappelons le, et nous ne pouvons raisonner à long terme d’aucune façon en nous appuyant sur
ce type d’énergie, nucléaire inclus (le caractère à long terme des ressources fissiles à l’échelle
planétaire reste à démontrer).
Le recours aux énergies renouvelables apparaît donc comme le troisième pilier de la
démarche Négawatt. Mais il ne peut se concevoir sans la sobriété et l’efficacité énergétiques.
Chacun doit comprendre cette démarche simple, de bon sens, la seule qui pourra permettre
d’atteindre physiquement, mais aussi économiquement, l’objectif parce qu’elle se fonde sur
l’ensemble des moyens dont on dispose pour arriver au but. C’est aussi la seule qui permet
d’imaginer que des bâtiments puissent produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment